L’Oxfordien des Ardennes françaises Version Imprimable
Cet étage stratigraphique, le premier du Jurassique supérieur, tire son nom des Argiles d’Oxford, exploitées en Angleterre, et dont la partie supérieure en est le stratotype. Son âge réel est estimé à 150 millions d’années.
Si l’on rencontre des couches oxfordiennes en de nombreux endroits, elles ne sont malheureusement pas représentées en Belgique. En effet, notre pays renferme une importante lacune dans le Mésozoïque, les étages compris entre le Bathonien (Jurassique moyen) et l’Aptien (Crétacé inférieur) n’y affleurent pas.
Il est néanmoins possible de les étudier au Boulonnais (mais de manière assez réduite) du côté de Alincthun, Colembert et Le Wast et surtout au Calvados où les sites sont nombreux et faciles d’accès, les célèbres Vaches Noires en sont le site le plus connu. Dans ce dernier cas, la distance à parcourir peut en décourager certains. En Angleterre, outre les environs d’Oxford, on trouve également de belles falaises oxfordiennes dans les alentours de Weymouth.
Mais il existe près de chez nous, dans les Ardennes françaises, une importante série de sites, variés et fort riches, qui permettent d’en étudier différents faciès.
Les principales couches oxfordiennes ardennaises sont la Gaize des Ardennes, le Minerai de Fer des Ardennes, et les Calcaires coralliens des Ardennes. Ces calcaires forment un faciès particulier, récifal, qui est appelé l’Argovien.
La Gaize des Ardennes était au départ un calcaire dont certains bancs ont subi une silicification, qui les a partiellement ou entièrement transformés en une roche légère et poreuse. Elle est appelée ici une gaize, et sa grande résistance à l’érosion est à l’origine de certaines crêtes dans le paysage. Elle est visible aux environs de La Bascule, au Sud de Poix-Terron.
Elle contient une faune assez riche d’animaux nageurs (ammonites) et fouisseurs (Pholadomya). Les coquilles sont assez souvent déformées, voire aplaties.
On peut y trouver :
Bivalves : Ostrea solitaria, Nannogyra nana, Rastellum gregareum, Isognomon promytiloides, Pholadomya exaltata (commune), Pholadomya lirata, Radulopecten vagans, Gryphaea dilatata, Modiolus bipartitus (la plus courante), Pinna lanceolata, Myophorella clavellata (courante), Trigonia reticulata. Les exemplaires bivalves sont très fréquents, parfois même les deux valves restées en connexion sont partiellement ou totalement ouvertes.
Gastéropodes : très rares moules internes difficilement déterminables
Brachiopodes : Thurmannella thurmanni (une petite rhynchonelle), Juralina bauhini (une térébratule)
Vers : tubes calcaires de Serpula socialis et de Serpula grandis. Assez fréquemment collés sur des huitres de grande taille.
Ammonites : Cardioceras cordatum, Quenstedtoceras sp., Perisphinctes sp., aplaties et essentiellement en fragments. Le minerai de fer de l’Oxfordien moyen est une oolithe ferrugineuse, dont la matrice est jaunâtre à rougeâtre, les oolithes elles-mêmes sont brunâtres et leur surface est brillante. Ce niveau condensé renferme une quantité phénoménale de fossiles silicifiés d’une grande beauté, qui ornent les collections du monde entier. Cette oolithe était exploitée au siècle dernier pour la production (relativement artisanale) de fer et a été extraite localement pour la production de colorants à une époque plus récente. (ocre rouge) Ce minerai peut encore être observé aux alentours des villages de Neuvizy, Villers-le-Tourneur et Viel-Saint-Rémy.
La quantité de fossiles trouvés et les pièces assez fréquemment fragmentaires pourraient indiquer un enrichissement mécanique en restes organiques. Les niveaux d’origine des fossiles indiquent un milieu marin franc, propice aux animaux nageurs (ammonites, bélemnites) mais également aux fouisseurs (Pholadomya, Oursins irréguliers).
Les principales espèces trouvées sont citées ci-après :
Bivalves : Ostrea solitaria, Nannogyra nana, Rastellum gregareum, Isognomon promytiloides, Pholadomya decemcostata, Pleuromya sp., Radulopecten vagans, Deltoideum subdeltoidea, Gryphaea dilatata, Pecten sp., Plicatula tubifera, Gervillia aviculoides, Myophorella clavellata, Trigonia costata, Ctenostreon proboscideum. Les exemplaires bivalves sont plus rares, mais se rencontrent de temps en temps.
Gastéropodes : Pseudomelania heddingtonensis, Globularia sp.
Brachiopodes : Juralina bauhini, Thurmannella thurmanni, Terebratula sp.
Vers : Serpula socialis, Serpula grandis, Serpula sp. Certaines pelotes de tubes de vers se ramassent en quantité par endroits.
Ammonites : Cardioceras cordatum, Quenstedtoceras henrici, Goliathiceras goliatum, Peltoceras arduennense, Perisphinctes sp., Protocardioceras sp., Euaspidoceras perarmatum, et une ammonite plate non déterminée.
Bélemnites : de rares bélemnites rarement déterminables car essentiellement fragmentaires.
Oursins : des irréguliers seulement, dont Nucleolites scutatus et Holectypus depressus.
Crinoïdes : des myriades de tiges et plus rarement des pieds d’ancrage avec racines des espèces Millericrinus horridus, Millericrinus munsterianus, Apiocrinus sp.
Le calcaire corallien de l’Argovien quant à lui se présente sous la forme d’un calcaire à dureté variable et multiforme. Citons entre autres une oolithe tendre, un calcaire crayeux tendre, et le récif corallien lui-même d’une grande dureté. On peut observer ce calcaire dans les anciennes carrières à proximité de Novion-Porcien.
Les oursins réguliers se trouvent en général aux alentours du banc corallien, les irréguliers qui fouissaient dans les fonds mous se trouvent plutôt en dehors du banc corallien. Le banc corallien se présente généralement sous la forme d’une roche creusée de perforations diverses, car les coraux et les mollusques se trouvent sous la forme de moules externes et/ou internes, tandis que les tests des oursins, crinoïdes et brachiopodes se trouvent parfaitement conservés en calcite. Les coquilles aragonitiques ont disparu, les tests calcitiques ont été préservés. Si les mollusques et les coraux sont très fréquents, les tests d’oursins sont fort rares (à l’exception des radioles ou "piquants" qui se rencontrent très souvent). Les crinoïdes sont très exceptionnellement rencontrées sous la forme complète (calice + bras + tige). Il est peu intéressant à Novion-Porcien de "casser des blocs", une observation attentive des éboulis (à quatre pattes, prévoir un mousse de jardinage) et un grattage méticuleux étant nettement plus payant. Emmener aussi une petite brosse pour nettoyer tout caillou douteux. Un tour des champs après les labours et de fortes pluies permet aussi de récupérer des oursins, mais leur état est généralement moins bon que celui des fossiles récupérés dans la carrière. Les grandes cavités dans les hauteurs des fronts de taille ont été creusées par des amateurs travaillant à la barre à mine, ce qui peut s’avérer très productif mais a le risque d’attirer les foudres des agriculteurs dont les champs surplombent la carrière ! Les oursins sont particulièrement difficiles à repérer, du fait de leur petite taille et de leur couleur très proche de celle de la roche-mère. Les oursins que l’on peut théoriquement y trouver sont :
1) Hemicidaris crenularis (=Hemicidaris intermedia), de très loin le plus commun, a son appareil apical généralement préservé. Celui-ci contient dix plaques qui entourent l’anus, lequel se situe au sommet du test chez les oursins réguliers. On trouve très souvent des fragments de ses piquants lisses ressemblant aux lances utilisées pendant les joutes médiévales.
2) Paracidaris florigemma, rare, a généralement perdu son appareil apical. On trouve plus fréquemment ses piquants ayant approximativement la forme d’un épi de maïs (merci Jean-Jacques!)
3) Hessotaria florescens, rare, est un petit oursin très difficile à déterminer.
4) Pseudosalenia aspera, très rare, possède des radioles très arrondies (style "bouteille de Perrier")
5) Pseudodiadema pseudodiadema, grand oursin pouvant atteindre 7 centimètres de diamètre, est relativement fréquent. On trouve également Pseudodiadema orbygnanum qui possède beaucoup plus de tubercules, lesquels sont plus petits. Il est rare.
6) Phymosoma supracorallinum est rare. Ses radioles ont des formes plutôt extravagantes.
7) Diplopodia versipora a aussi généralement perdu son appareil apical.
8) Stomechinus perlatus, oursin très bombé possède de nombreux tubercules très petits et est fort rare.
9) Acrocidaris nobilis est également rare.
10) Glypticus hieroglyphus possède des tubercules normaux sur le pourtour, qui se transforment vers le haut en dessins rappelant vaguement des hiéroglyphes égyptiens. Il est très commun, mais fort petit (de un à trois centimètres).
11) Phymechinus mirabilis, de forme assez aplatie a aussi son appareil apical souvent conservé. Assez commun.
12) Nucleolites scutatus, oursin irrégulier, est très rare dans le banc corallien mais plutôt commun ailleurs. Il ressemble assez fort à Nucleolites amplus, plus grand, du Bathonien.
13) Holectypus corallinus, assez aplati et presque lisse. La bouche et l’anus sont fort proches et situés tous les deux au bas du test.
14) Pedina sublaevis a de tout petits tubercules.
15) Pygaster umbrella, oursin irrégulier de forme pentagonale, a un anus en forme de trou de serrure sur le sommet du test.
16) Polydiadema mammillanum est petit et assez plat.
La faune accompagnante se compose essentiellement de :
* Concrétions algaires de type stromatolithe, de couleur rosée, les Solenopora jurassica
* Coraux souvent sous la forme de moules externes, mais parfois conservés en silice : Thamnasteria dendroidea, Isastrea sp., Thecosmilia annularis
* Brachiopodes à coquille conservée : Juralina (ex-Terebratula) bauhini
* Gastéropodes en moules internes : Nerinea nodosa, Bourguetia saemanni, Harpagodes oceani, Nerinea mosae, Cernina hemisphaerica, Globularia sp., Purpuroidea moreausea
* Gastéropodes à coquilles conservées : petites Procerithium (Xystrella) corallense
* Bivalves en moules internes : remplissage de terrier de Lithophaga inclusa, Protocardium corallinum, le rudiste Diceras arietinum, Radulopecten vagans, Limatula sp., Nucula sp. et de nombreuses autres espèces difficilement identifiables.
* Bivalves à coquilles conservée : Plagiostoma sp., Ostrea sp., Protocardium sp.
* Crinoïdes : Millericrinus munsterianus, essentiellement sous la forme de morceaux de tige.